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La soirée Tortue Bleue du mercredi 24 octobre avec Edwy Plenel vu par Nicolas Dziopa.

Edwy Plenel, que tout le monde connaît pour son œil aussi vif que ses saillies verbales et son énergie aussi intarissable que son intransigeance  vis-à-vis de ses confrères, ses concitoyens, mais aussi, des politiques, des avocats, des marchands d’armes, des vendeurs de luxe, des patrons de presse…

Alors, quand cet esprit aiguisé prend la parole pour parler Information & Communication, on ouvre grand ses oreilles et on prend une petite leçon d’éloquence. 

 

Mediapart, site d’information en ligne, participatif et payant,ouvre également ses « pages » aux contributions diverses et variées (avec son petit lot de dérapages plus ou moins contrôlés). Il est doté d’un système de modération a posteriori, d’un patron qui prend le clavier pour répondre, intervenir ou recadrer et d’une charte de déontologie qui s’applique à chacun.

Mediapart est un laboratoire, qui a le bon goût de prendre la fonction sociale du journalisme très au sérieux.

Aujourd’hui, alors que le culte du présent écrase tout, que Google permet de ne plus se souvenir de rien et que seules comptent les 15 secondes de célébrité, le monde a besoin de « vérités de fait », affranchies de toute forme de subjectivité.

Et c’est justement là, d’après Monsieur Mediapart, que les journalistes sont décevants, car ils jouent avec les opinions, alors que celles-ci sont de la nitroglycérine.
Aujourd’hui, si le journalisme veut continuer à exercer sa fonction démocratique, les « vérités de fait » se doivent d’exister et d’être produites loyalement.

Comme disait Albert Londres « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie ».

 Alors, oui, la presse est bousculée. Oui, le combat est difficile. Mais la période est aussi créatrice d’opportunités. Et si Mediapart joue un rôle de fontaine de jouvence pour son créateur, c’est également un acteur unique sur son secteur : payant, sans publicité, participatif, online only… et rentable (5 millions de CA l’an dernier, 560 000 €  de résultats nets).

Mais alors, quid de la communication dans ce monde de plumes ?
L’homme est très clair : il n’a rien contre la « réclame »… mais aujourd’hui, cette dernière n’a plus exclusivement besoin de journalistes pour « faire savoir ».
Il est temps pour le journaliste de descendre de son estrade et de rendre son titre auto-décerné de directeur d’opinion.

Sur Médiapart, même si la question divise la rédaction, on se demande si la publicité n’aurait pas sa place quelque part.
Mais attention, que les puristes se rassurent…
Pas question d’ouvrir la portes aux banales bannières pub des Huns de la com’. Au même titre que l’info a dû et doit encore se réinventer pour éviter de rester aux mains des uns et à la botte des autres, la com’ doit se réinventer pour coller aux nouveaux usages et aux nouvelles attentes (parce que le visu de baskets à côté des résultats sportifs et les gaines de contention à côté des articles consacrés au régime, ça va bien cinq minutes, mais on ne peut pas dire que ça provoque des « Oh, génie ! » dans les chaumières).

 

Sur Mediapart, E. Plenel estime qu’il n’y a aucune raison pour qu’une boîte qui accepterait de jouer le jeu de l’info, du participatif et de la critique en live, ne puisse pas demain disposer de sa « chaîne »…
Si la marque joue le jeu du « néojournalisme » et tente d’inventer la « néocom », la porte pourrait s’entrouvrir.

À bons annonceurs, salut !

 

Et demain ?

1.    L’évolution de Médiapart, dans une logique Darwino-accélérée, vers une forme s’approchant des organisations « non-profit ».

2.    Le combat contre les subventions et autres aides accordées à la presse…

3.    Le pari de la création de valeur ajoutée informative, acceptée en tant que telle par les lecteurs et payée à sa juste valeur.

4.    La lutte pour la liberté de la presse… et la liberté totale de la critique en temps réel. (Edwy Plenel revient un instant sur Charlie Hebdo et la deuxième salve de caricatures. En tant que défenseur de la liberté, il ne peut envisager l’interdiction. En tant que journaliste, il regrette le côté réchauffé et parle même de « pauvre audace ».)

5.    La lutte pour la liberté de la presse encore, parce qu’elle peut être amenée à défendre chacun de nous… d’où l’intérêt de militer pour la protection des sources et de faire son travail avec un sérieux de chaque instant.

Au final, dans la charmante Maison des X, après une intervention où se sont mêlés, comme dirait Grand Corps Malade, la tête, le cœur et les couilles, Edwy a rechaussé son sourire malicieux, qui ne laisse en rien présager que cela fait 36 ans qu’il s’affaire dans un univers où l’on est souvent bousculé, poursuivi, tantôt chasseur, tantôt chassé…
36 ans à planter la plume… et visiblement, ça lui plaît.