Note parue dans GIMCANA n°73, septembre 2010 : téléchargeable ici
GIMCA NEWS est une newsletter mensuelle écrite par Hubert Jaoui : www.gimca.net

 » Je connais Jean-Louis Servan-Schreiber depuis plus de 20 ans, d’abord en tant que spécialiste du management (créateur de L’Expansion) et ensuite comme fondateur et  animateur de Psychologies Magazine. J’ai donc pu observer son itinéraire, du business (son « Le retour du courage » mériterait bien une réédition en poche) jusqu’à la philosophie, bien illustrée dans le modeste et utile « Vivre content ». J’ai aussi suivi de près sa tentative –échouée probablement pour des motifs de culture nationale- de lancement de « Temps plus » accompagnée par « L’art du temps ».

Je retrouve donc avec curiosité « Trop vite !». Les symptômes de la complexité et de l’accélération du changement sont décrits avec acuité. Alors que les humains n’ont jamais eu autant de temps à leur disposition ils ont de plus en plus l’impression d’en manquer. De plus en plus. Saturés par la surabondance de l’information, en difficulté de prévoir le futur à plus de quelques mois de distance, ils tendent à utiliser la vitesse comme un « bouclier contre le doute ». Leur impatience les pousse à privilégier le « court-termisme », le présentéisme, l’agitation plutôt que l’action, l’urgent plutôt que l’important. Daniel Cohen : « Plus le monde est incertain plus l’on devrait être prudent. Or c’est l’inverse qui se produit ». Internet favorise cette précipitation, ne parlons pas des accros au blackberry qui continuent à pianoter tout en vous parlant (en vous écoutant ?). Cette obsession du court terme renforcée par le « capitalisme de casino » conduit beaucoup d’entreprises à sacrifier les budgets de recherche, d’où une tragique perte de talents. Et plus généralement un affaiblissement du sens des responsabilités sociales. La politique, française en particulier, n’est pas exempte de cette coupable précipitation.

Une des nombreuses conséquences néfastes de cette course éperdue se situe au niveau cérébral : nos neurones seraient menacés de « démusculation ». L’activité multitâches se fait aux dépens de  la concentration et de la profondeur. Voir le succès phénoménal de Malcom Gladwell, auteur du bestseller « Blink » qui propose de privilégier l’instantanéité de l’intuition par rapport à la lenteur du raisonnement.

Ceci conduit l’auteur à une vision plutôt pessimiste de l’avenir. A moins que… « nous soyons de plus en plus nombreux à vouloir reprendre la maîtrise de notre corps et de notre tête ». Une bonne relation à soi-même peut devenir le moyen modeste, mais à court terme puissant, de rouvrir les portes du long terme.
Ces conclusions recoupent notre pratique de la créativité : redécouvrir l’immensité de nos ressources et les mettre en commun avec ceux qui partagent nos idées pour inventer, ensemble, une myriade de micro solutions dont la convergence pourra permettre d’éviter l’apocalypse. Ainsi des trois scénarios imaginés par Lester Brown nous pourrons peut-être éviter « Pearl Harbour » et « le mur de Berlin » pour aller vers le plus rassurant « sandwich ».

Bref, un livre à lire. Et à méditer. »

Hubert Jaoui, membre de La Tortue Bleue